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Tribune Libre

Comment prononcer "Jésus-Christ"

    Il arrive souvent qu’au cours d’une prédication le nom Jésus-Christ soit prononcé à quelques minutes d’intervalle de deux manières différentes, une fois en prononçant le st final, une autre sans le faire. Ceci ne se produit pas lorsque Christ est prononcé seul et même l’auditeur le plus assoupi sursauterait en entendant « Cri est ressuscité » !

   Or il y a une règle de prononciation qui, comme toutes les règles de ce genre, est assez arbitraire et s’applique plus ou moins bien selon les régions où le français est parlé. Ainsi pourquoi entend-on de manière de plus en plus nette les s de « moins » à mesure que l’on se déplace vers le sud de la France ?

     Les dictionnaires indiquent que le st final ne doit pas être prononcé dans l’expression Jésus-Christ mais qu’il doit l’être dans le mot Christ isolé. C’est une étrangeté du français, mais c’est ainsi. Cette règle est appliquée par les poètes et paroliers qui ont rédigé les cantiques actuellement chantés. Ainsi Jésus-Christ rime avec vie dans le cantique 47/19 et il y a beaucoup d’autres exemples de ce type. Par contre il y a très peu de mots français se terminant par ist, alors qu’il y en a beaucoup se terminant par iste.

     Certains dictionnaires ajoutent que les protestants ont souvent la fâcheuse habitude de ne pas respecter cette règle sans d’ailleurs expliquer ce comportement singulier. Peut-être veulent-ils de cette manière manifester leur singularité dans un monde où le catholicisme était dominant ? Mais il y a à mon sens une autre explication. Le protestantisme possède en France deux pôles dominants : le midi et l’Alsace. Or dans le midi on a tendance à prononcer toutes les lettres comme le s du « moins » indiqué ci-dessus. Quant à l’Alsace elle a été allemande pendant des décennies. Mon grand père y était pasteur au début du siècle dernier et avait fait toutes ses études en allemand. Jusqu’en 18 il prêchait en allemand et après indifféremment en français et allemand. Or dans cette langue le st est forcément prononcé comme on l’entend encore dans les cantates et passions de Bach. Cet argument est peut-être inconsistant puisque le catholicisme a lu la Bible jusqu’au siècle dernier uniquement dans la Vulgate et en latin comme en grec le st de Jésus-Christ est non seulement prononcé mais aussi décliné comme on le voit dans le premier verset de l’épître aux Romains où l’on trouve Christou en grec et Christi en latin.       

 B. Picinbono

Avril 2015


 

Semer dans les larmes et moissonner dans la joie

On chante fréquemment dans le cadre de la liturgie de nos cultes le cantique 62/82 dont la troisième strophe se termine par la phrase « Que ta joie efface les pleurs du semeur ». On m’a plusieurs fois demandé ce que venait faire cette phrase dans ce cantique et même ce qu’elle signifiait. Comme toujours il y a probablement beaucoup de réponses, mais la plus simple consiste à penser que l’auteur de ce cantique s’est souvenu d’un des psaumes des montées (126). C’est un Psaume très bref (6 versets) dont l’idée centrale est celle du retour, idée que dans le NT nous traduisons souvent par conversion. Ici il s’agit sans doute du retour de l’exil, mais aussi plus largement de toutes les situations que Dieu a radicalement changées. La traduction assez littérale du verset 5 par Chouraqui donne « les semeurs en larmes dans la jubilation moissonnent ». Et le verset 6 est une sorte de commentaire du précédent opposant le fardeau du semeur à la joie du moissonneur. Cette opposition répétée deux fois insiste sur le changement de situation et il n’est même pas nécessaire d’invoquer l’exil et le retour pour interpréter ce très beau texte. 

B. Picinbono

Avril 2015


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